25.01.2007
CARTOGRAPHIE DÉTAILLÉE
Suite à la double page parue dans le supplément de 20 Minutes de jeudi, voici l'intégralité des propos recueillis auprès de cinq auteurs de BD qui ne sont ni américains, ni franco-belges, ni japonais (ne manque que l'interview du canadien Seth).
Jason (Norvège)
Comment êtes vous devenu dessinateur de BD ?
J’ai commencé quand j’étais au lycée en faisant une page humoristique de temps en temps pour un magazine. Pendant un bon moment, ce n’était q’un hobby. Puis je suis allé dans une école d’art et j’ai travaillé comme illustrateur. Finalement, je ne suis dessinateur à plein temps que depuis 5 ans.Quels dessinateurs vous ont inspiré à vos débuts ?
Tous, vraiment. Les super-héros américains, les albums franco-belges : Tintin, Gaston, Lucky Luke... Puis Moebius, Bilal, Hermann, Comès...
Quelle est la situation de la bande dessinée dans votre pays ?
Il n’y a que 4 millions d’habitants en Norvège, pas de quoi développer une industrie de la BD comme chez vous, en France. La plupart des dessinateurs ici travaillent pour des journaux. Les plus connus d’entre eux éditent parfois des livres où sont compilés leurs strips.
Une nouvelle scène est-elle en train d’émerger ?
Il y a quelques artistes underground influencés par des dessinateurs américains comme Robert Crumb, Peter Bagge ou Daniel Clowes. Il y a dix ans, une nouvelle vague de dessinateurs de presse est née. C’est alors devenu plus facile de lire un strip d’un auteur norvégien dans les journaux.
Rencontrez-vous des difficultés pour publier vos albums ?
C’est devenu plus facile ces dernières années. Il y a 25 ans, quand j’ai débuté, "dessinateur de BD" n’était pas vraiment une profession. Maintenant, les gros éditeurs ont un département BD. Il y a aussi des éditeurs indépendants comme No comprendo ou Jippi.
Antonio Jorge Gonçalves (Portugal)
Comment avez-vous débuté dans la bande dessinée ?
J’ai fait ma première BD quand j’avais 4 ans. Elle racontait la naissance d’un zèbre, scène que j’avais vue à la télévision. Je pense que la narration séquencée est, pour nous humains, quelque chose de naturel, d’instinctif pour raconter nos vies.
Quels dessinateurs vous ont inspiré à vos débuts ?
J’ai lu beaucoup d’auteurs brésilo-américains quand j’étais enfant. Mais aussi beaucoup de franco-belges quand j’étais adolescent. Ils m’ont appris beaucoup sur les différentes manières de raconter des histoires.
Quelle est la situation de la bande dessinée dans votre pays ?
Tout le monde sait ce qu’est une BD. Mais peu de gens savent vraiment ce qu’il y a dedans.
Une nouvelle scène est-elle en train d’émerger ?
Il y a beaucoup de jeunes illustrateurs. Certains font quelques pages de BD de temps à autre mais la plupart sont trop paresseux pour réaliser un livre entier.
La bande dessinée est-elle considérée comme un art ?
Les critiques parlent de BD comme d’un art parce qu’ils auraient eux-mêmes voulu être auteurs de BD… Les critiques d’art ont souvent besoin que quelqu’un, à New York, leur disent que tel ou tel album peut être rangé dans la section Art.
Rencontrez-vous des difficultés pour publier vos albums ?
Il y a pas mal de petits éditeurs sympas. Il est plus difficile de se faire une place au sein d’une grosse maison d’édition. Et puis, peu d'artistes prennent le risque de passer beaucoup de temps sur un travail qui, la plupart du temps, ne leur rapporte pas grand chose en droits d’auteurs.
Pahé (Gabon)
Comment avez-vous débuté dans la bande dessinée ?
Né il ya une trentaine de saisons sèches dans une jolie ville du nord du Gabon, Bitam, les menteurs affirment que je serai venu au monde avec un crayon à la main. Info ou intox?
Quels sont les auteurs qui vous ont inspiré à vos débuts ?
Je balisais à mort lorsque je voyais les planches de Achka, Fargas et Levigot , de grands dessinateurs gabonais qui sévissaient dans les différents canards et magazines des années 80 aujourd’hui disparus. Si une vingtaine d'années plus tard on m'avait dit que je ferai comme eux...
Quelle est la situation de la bande dessinée dans votre pays ?
La bd gabonaise est quasi inexistante. Et dire qu'il fût un temps où il y avait des titres... Hachka a lancé un fanzine appelé "cocotiers" qui n'a fait que 10 numéros avant de mourir comme "Bd boom", fanzine parus à 8 numéros, et qui porte le même nom que l'association des dessinateur gabonais dont je faisais partie et qui aujourd’hui n'existe plus que de nom ! Levigot avait lancé "Tita Abessolo", petit octogénaire qui partait de sa brousse natale pour découvrir la ville. 2 tomes parus. Achka a crée des recueils de caricatures d'hommes politiques gabonais "Gabon d'Abord" "Kala"; Fargas, lui a sorti une Bd didactique sur le Sida " Yannick Ndombi". Le tome 2 sort en février. Lybek, dessinateur de presse a participé tout comme moi au collectif "BD Boom explose la capote" avant qu'il ne produise deux Bd pour des ONG protectrices d'espèces menacées, comme les tortues et les éléphants.
Une nouvelle scène est-elle en train d’émerger ?
Il n'y a rien à l'horizon, malheureusement. Et dire qu'une nouvelle scène est en train d'émerger serait une bonne blague, voire de l'humour noir ! Les dessinateurs que je connais bossent plutôt pour des journaux de presse écrite locale. La Bd ? Ce n'est pas trop leur tasse de thé ! Un jour peut-être ! Je me bats comme un beau diable à coups de becs et de griffes pour faire sortir la bd gabonaise de son trou et la faire connaître à travers cette chère planète bleue.
La bande dessinée est-elle considérée comme un art?
Un art, non! Mais plutôt comme une activité réservée à des paresseux qui n'ont pas réussi dans leur vie. Terrible ! Le dessinateur de Bd n'est pas du tout considéré. Faire de la Bd est un sous-métier. Pour exemple, je me souviens de cette scène cocasse d'un dessinateur (moi) qui s'était vu chasser du domicile des parents de sa copine lorsque ces derniers apprirent que le prétendant de leur fille était dessinateur. Un banquier aurait mieux fait l'affaire! Rien que d'y penser, j'en rigole encore aujourd’hui!
Rencontrez-vous des difficultés pour publier vos albums ?
Une tonne de problème. Déja, éditer un album au gabon relève de la sorcellerie. L'impression coûte les yeux de la tête. Même pour un album en noir et blanc, et que dire de la couleur ? Et je ne parle même pas des éditeurs ! Y'en a pas ! Du coup, pour éditer mon recueil de caricatures sur le président Bongo, j'ai dû sortir le pognon de ma poche (et de celle d'un pote qui aime mon boulot) et le distribuer moi-même! Je tiens d'ailleurs à remercier ici Pierre, qui a eu confiance en moi.
Park Kun Woong (Corée du Sud)
La bande dessinée en Corée :
Beaucoup d’Européens pensent que la bande dessinée coréenne peut être assimilée au manga. C’est une erreur, évidemment. Le manhwa coréen a sa propre spécificité : il est l’une des expressions de notre Histoire et de notre caractère. La bande dessinée coréenne parle de notre han : ce mot désigne notre conscience collective, teintée de tristesse et de chagrin. C’est une émotion profonde que tous les Coréens partagent. Ils naissent avec le han dans le sang. Notre bande dessinée en est le reflet.
Regard sur la bande dessinée en Europe :
Mon impression est que les lecteurs français ont sur la bande dessinée un point de vue très différent de celui des Coréens. Ici, en France, les publics me paraissent beaucoup plus diversifiés qu’en Corée, et tous semblent considérer la bande dessinée comme un art à part entière, ce qui n’est pas le cas chez nous. La pluralité des genres et des publics en bande dessinée me paraît une chose très désirable. Ma seule réserve, mais elle concerne autant l’Asie que l’Europe, c’est le regret de constater que la bande dessinée commerciale domine le paysage. Il me semble que les auteurs devraient davantage se préoccuper de leur création que de leur compte en banque.
Juan Valiente (Argentine)
Mon père était réalisateur de cinéma d’animation. J’ai, très jeune, eu le désir de raconter des histoires avec des images. Mais j’ai trouvé dans la BD la possibilité de me démarquer de l’influence de mon père. Aujourd’hui, j’ai compris que je peux faire de l’animation tout en étant une autre personne que mon père…
Une autre chose m’a attiré dans la BD. Je suis fils unique et je suis habitué à travailler seul.
Dans la BD, à la différence du cinéma ou du théâtre, c'est moi seul qui dois faire absolument tout : la scénographie, la lumière, diriger les personnages, la caméra... Le tout sans le problème de l’argent. Je peux aussi bien dessiner une histoire intimiste qu'une guerre intergalactique. Ça me coûte la même chose.
J'ai commencé à lire des BD avec "Objectif Lune". Mais l’humour français n’est pas totalement compatible avec l’humour argentin… Finalement, Tintin est une bonne introduction au mode de pensée des français.
Ensuite, j’ai lu un peu de tout, de Moebius à Manara en passant par Lucky Luke. Surtout des BD françaises.
En Argentine, la situation de la BD est très instable. Tout s’est arrêté ces dix dernières années. Les auteurs ont trouvé du boulot aux Etats-Unis, en Italie ou en France.
Mais aujourd’hui, on peut parler d´un "revival". Le magazine « Fierro », qui était né en 1984 et avait disparu en 1992, a été réédité en Novembre 2006 avec succès. « Fierro » est un génial laboratoire de BD d’avant-garde. On y trouve des styles graphiques très variés. Le numéro 3 vient de sortir.
Beaucoup de petites maisons d’édition sont en train de naître à nouveau. Le problème, c’est qu’ici, la BD se lit comme un magazine, pas comme un livre. Elle ne bénéficie pas du même respect qu’en France. Mais le plus important, c’est que les argentins puissent à nouveau lire de la BD argentine.
Avec ce nouveau mouvement de la BD, je pense que de jeunes auteurs vont émerger. Mais pour l’instant, nous sommes très peu de dessinateurs à être édités, quelques cas bizarres.
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Commentaires
Merci de vos textes et dessins ;o) mais... c'est un peu dommage qu'aucune dessinatrice ou illustratrice ne se soit exprimée.
Ecrit par : Dominique | 26.01.2007
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