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28.01.2007

GRAND PRIX 2007


L'argentin JOSÉ MUÑOZ vient d'être proclamé Grand Prix de la 34ème édition du festival international de la BD d'Angoulême.


Né en 1942 à Buenos Aires, Muñoz n’a que douze ans quand il suit des cours de sculpture, peinture et marionnettes dans l’atelier d’Huberto Cerantonio et pratique avec lui le théâtre de marionnettes dans les faubourgs de Buenos Aires. Parallèlement, il fréquente les cours d’Alberto Breccia à l’École panaméricaine d’Art. Muñoz devient dès l’âge de 15 ans l’assistant de Solano-Lopez. Il est alors fortement influencé par Pratt qu’il rencontre en 1959 et qui l’engage en 1963 pour dessiner Precinto 56 dans Mistirix. Precinto 56, détective à New York qui préfigure Alack Sinner est influencé par le roman noir et le cinéma américains. Il quitte l’Argentine en 1972. C’est en Espagne qu’il rencontre Carlos Sampayo, Argentin comme lui, féru de poésie et de littérature. Le désir de collaborer fut instantané. Il s’établit entre les deux hommes une grande et amicale complicité : Alack Sinner, 1975 (Milano Libri) et 1976 (Éd. du Square) ; Le bar à Joe, 1981 (Casterman) ; Flic ou privé, 1983 (Casterman) ; Rencontres, 1984 (Casterman) ; Viet Blues, 1986 (Casterman) ; Histoire amicale du bar à Joe, 1987 (Casterman) ; Nicaragua, 1988 (Casterman) ; Billie Holiday, 1991 (Casterman). En collaboration avec Jerome Charyn, il publie en 1997, toujours chez Casterman, Le croc du serpent.


Lire une interview de José Muñoz (1998) sur l'excellent site du9

27.01.2007

LE PALMARÈS 2007


C'est tout chaud, et c'est plutôt beau !
Voici le palmarès de la 34ème édition du festival d'Angoulême, dont on peut dire qu'il rend (enfin !) justice aux petits éditeurs puiqu'Atrabile, L'Association et Cornélius y sont distingués :


PRIX GOSCINNY : LUCILLE, de Ludovic DEBEURME (Futuropolis)
RÉVÉLATION 2006 : PANIER DE SINGE, de Jerôme MULOT & Florent RUPPERT (L'Association)
PRIX DU PATRIMOINE : SERGENT LATERREUR, de TOUÏS & FRYDMAN (L'Association)
PRIX DE LA BD ALTERNATIVE : revue CANICOLA, COLLECTIF (Italie)


MEILLEUR ALBUM : NONNONBÂ, de Shigeru MIZUKI (Cornélius)


* LES "ESSENTIELS" :
- LUPUS, de Frederik PEETERS (Atrabile)
- LUCILLE, de Ludovic DEBEURME (Futuropolis)
- BLACK HOLE, de Charles BURNS (Delcourt)
- LE PHOTOGRAPHE, d'E.GUIBERT, D.LEFÈVRE & F.LEMERCIER (Dupuis)
- POURQUOI J'AI TUÉ PIERRE, d'Olivier KA & ALFRED (Delcourt)

 

DIVERTISSEMENT DU JOUR


12h00 - La presse est conviée à l'inauguration de la rue Goscinny, laquelle était à l'origine programmée jeudi dernier (on ne connait toujours pas les raisons du report). Un bagad charentais (si, si, ça existe) ouvre le cortège, au sein duquel on compte le maire d'Angoulême, Anne Goscinny et Nick Rodwell, Francis Groux (un des fondateurs du festival) etc... Une fois tout ce beau monde rendu devant un magnifique ruban bleu-blanc-rouge, on entend s'élever une clameur enthousiaste : "Astérisme ! C'est Astérisme !" : déboulant de l'autre extrémité de l'artère bientôt rebaptisée, foulant de leurs chausses crottées le somptueux tapis rouge qui recouvre le macadam, Astérix et Obélix piquent la vedette aux notables du coin ! Quelle outrecuidance ! Il n'y en a que pour eux, au grand dam du maire qui se serait bien passé de ces gauloiseries... Pour toi, ami lecteur, et en exclusivité mondiale, le pas de danse enjoué grace auquel le petit moustachu a mis la foule en transe.

(Les plus observateurs auront reconnu, au 1er plan, l'adorable attachée de presse du festival
qui, malgré ses prérogatives, cède elle aussi aux charmes du bondissant blondinet
)


Lorsque notre envoyé spécial a demandé à Astérix la symbolique qu'il exprimait par cette danse endiablée, le gaulois a répondu : "Aucune ! On essaie juste de lutter contre le froid, par Toutatis !".

26.01.2007

ANGOULÊME, JOUR 1


13h30. Bon plan
Pour ceux qui sont déjà venus à Angoulême en plein festival, ce qui suit risque de vous surprendre : aujourd’hui, nous nous sommes garé devant l’hôtel de ville, à deux reprises. Facile : le centre ville d’Angoulême est tout bonnement désert !

14h32. Mauvais plan.
Nous nous empressons vers les expos du centre-ville. Il y a la queue chez Kid Paddle. Les gamins entrent dans la Block Zone. À l’intérieur, ça hurle et ça se bouscule dans l’obscurité. On passe notre tour pour aller écouter Lisa Mandel expliquer comment elle est devenue dessinatrice. « Pourquoi vos personnages sont-ils roses ? » demande une jeune fan. « – Parce que j’aime bien les radis… » Dans l’espace jeunesse, un mur est déjà tout gribouillé de dessins d’enfants et la moquette pleine de céréales au chocolat (offertes par l’un partenaire du festival) écrasées par terre.

15H15. Trondheim imposteur ?
Chaque année, le président est censé superviser une exposition en son hommage… Evidemment, Lewis Trondheim s’est soustrait à l’exercice. Il a annoncé qu’il allait disperser dans Angoulême des tableaux ironiques  baptisés « Les 7 merveilles de la bande dessinée. » Alors on cherche, le nez en l’air dans la rue Hergé, manquant de se rompre le cou en glissant sur des plaques de verglas. Finalement, c’est au théâtre qu’on trouve de ces fameuses « interventions graphiques. » A savoir, un panneau rouge vide intitulé « Les planches originales des Schtroumpfs. » En y regardant bien, on trouve des BD miniatures à raz du sol. Mouahaha, qu’il est con ce Trondheim !
Au sous-sol, une expo de planches originales d’Isabelle Dethan. Mouais...
A l’étage, en revanche, la performance live « Wall Strip », sans attirer les foules, est franchement amusante. Le principe : sur un simplissime canevas de trois cases, il faut imaginer une petite histoire. Les meilleures sont affichées sur un mur de pinces à linges et susceptibles d’être éditées dans un ouvrage collectif. Pendant ce temps, un auteur réalise en direct (et numériquement) ses strips projetés sur grand écran. La description n’est pas très parlante. On va donc essayer de vous poster photos et/ou vidéos un de ces jours…

16H01. Casser une graine.
On fait halte dans un bar d’habitude bondé en plein festival. La cafetière explique que « certains restaurateurs font habituellement un tiers de leur chiffre d’affaire sur ces quatre jours. » Et n’est guère optimiste pour la suite.

17H30. Vamos à Montauzier !
Bon, ben c’est pas tout ça mais en bons parigots, on commence à avoir très envie de voir un peu de monde. On décide d’enfin descendre au pôle éditeurs. Cette année, il est complètement excentré. Pour s’y rendre, trois solutions : 1) emprunter une des navettes spécialement affrétées par les organisateurs. Problème : on ne sait ni où les prendre, ni combien de temps il leur faut pour rallier l’endroit (bien que ce détail n’ait qu’une importance toute relative). 2) descendre à pieds. Ouch ! Cette perspective est immédiatement écartée : il doit faire aussi doux qu’une nuit de décembre en Sibérie et le trajet est en pente. Remarquez, à la première chute sur une plaque de verglas, il suffit de se laisser glisser jusqu’à la ville basse. 3) y aller en voiture. Tiens, ça tombe bien, la rédac’ nous a sympathiquement autorisé à en louer une. Notre petite japonaise (on parle de voiture, là…) nous permet de rejoindre le site sans encombres. Arrivés à l’entrée de la seule rue qui donne accès au pôle éditeurs, on bute sur une barrière surveillée par un videur en intérim. Lorsqu’on lui présente nos accréditations, le cerbère nous dégage l’accès et nous adresse un clin d’œil complice. Rhâââ, ça y est, on est des VIP !

17h45. « Mais y sont où, mais y sont où… ? »
On gare la voiture et on rejoint l’immense chapiteau blanc dressé sur les berges de la charente. Une fois à l’intérieur, force est de constater que l’endroit est (presque) aussi désert que le centre-ville. Bien sûr, quelques fans se sont déplacés et certaines « stars » en dédicace (Arleston, Burns, Nix, les trublions du stand Fluide et ceux du stand Glénat-Tchô!) peuvent s’enorgueillir de files d’attente honorables. Mais très honnêtement, la faible affluence a de quoi inquiéter les acteurs de la manifestation. « Boh, on n’est que jeudi. On verra demain, et samedi sera le jour de vérité », nous confie une attachée de presse. Possible… En attendant, on pense à vous et on décide de filmer quelques maîtres en pleine séance de dédicace pour agrémenter ce blog de vidéos sympas. Fatalitas ! Malgré d’intenses efforts intellectuels, nous ne parvenons pas à enregistrer durant plus de deux secondes… pas assez pour appeler ça un film, trop pour appeler ça une photo. Promis, on se penchera sur le problème demain. Pour l’heure, il est grand temps de retourner en ville.

 

18h30. Après l’effort, le réconfort.
On croise, dans un bar de la vieille ville, l’américain Craig Thompson (qui nous a gratifiés d’une interview et d’un superbe dessin dans le supplément BD de jeudi). Comme il est en pleine conversation, on décide d’aller le saluer plus tard… d’autant qu’on a un compte-rendu (pour l’édition papier) à envoyer dans l’heure. 1169 signes et deux Picon-bière plus tard, nous sommes fins prêts à honorer l’aimable invitation d’un éditeur à dîner. On file au Mercure (l’hôtel où le tout Angoulême se presse, « zeu place toubi » comme on dit). Dans le hall, plusieurs générations d’auteurs de BD manifestent une bonne humeur communicative. L’espoir renaît, et la nuit promet d’être longue…

25.01.2007

24 HEURES DE LA BD


En guise de préambule au 34ème festival de la BD d’Angoulême, son président Lewis Trondheim a organisé une manifestation originale : les 24 heures de la BD. Le principe : réunir 24 participants (dont certains issus du « bd-blog ») qui doivent chacun réaliser 24 planches en… 24 heures ! Ça s’est passé à la Maison des Auteurs d’Angoulême, et l’unique contrainte était de faire figurer une boule de neige dans la 1ère et la dernière case…


Originale, mais pas complètement inédite comme le concède la page d’accueil du site
www.24hdelabandedessinee.com : « Cette performance, créée à l’origine par l’auteur américain Scott McCloud et aussitôt reprise par de nombreux dessinateurs à travers le monde, avait tout pour séduire Lewis Trondheim, amateur de contraintes et président de la 34e édition du festival de la Bande Dessinée »


Le coup d’envoi a été donné mardi 23 à 15h, et force était de constater que tou(te)s les participant(e)s avaient rempli leur contrat 24 heures plus tard. Pari réussi, donc, grâce aux contributions de Lucie ALBON, Alex BALADI, Allan BARTE, Christophe BATAILLON, Daniel BLANCOU, Dominique BOOSTOPOULET, BOULET, Alexandre CLERISSE, Sophie DARCQ, DAVID-VINCENT, Marie DEMONTI, Olivier GONDOUIN, JONVON, Lisa MANDEL, Jean MEDIGUE, Ralph MOUNITION, Tony NEVEUX, Antoine PERROT, Aude PICAULT, PUYO, Mathieu SAPIN, Natacha SICAUD, Erwann SURCOUF, Sylvain MOIZIE, Fusaku YAMADA
Sans oublier Lewis TRONDHEIM himself, qui ne pouvait pas initier le projet sans y sacrifier.
Les 576 planches sont visibles sur le site dédié www.24hdelabandedessinee.com.


Si l’on ne peut qu’applaudir une telle performance (la cafetière a dû chauffer !), une question se pose : en démontrant qu’un demi-album peut être réalisé en 24 heures, ne court-on pas le risque de troubler le "grand public", qui pourrait en conclure que « finalement, faire de la BD, c’est facile » ? Faute d’explications conceptuelles (étrangement absentes du site), l’amalgame est possible… même si les résultats finaux sont très inégaux.

 

Autre remarque : Lewis Trondheim a choisi de mettre en scène son « fauve », c’est à dire la nouvelle mascotte qu’il a créée pour le festival de la BD d’Angoulême (et qui, après les Alfred et autres Alph’Art, récompensera les lauréats de la présente édition). Le fait est que son histoire est très réussie, forte d’un lyrisme enchanteur… mais on peut légitimement se demander qui, du festival ou du créateur, est propriétaire de l’image du mignon petit félin ? Y’a t-il eu intelligence entre les deux parties ou est-ce le dernier acte d’insubordination de notre trublion préféré ? Allez, on vous promet de mener l’enquête dans les antichambres du festival ;-)

CARTOGRAPHIE DÉTAILLÉE


Suite à la double page parue dans le supplément de 20 Minutes de jeudi, voici l'intégralité des propos recueillis auprès de cinq auteurs de BD qui ne sont ni américains, ni franco-belges, ni japonais (ne manque que l'interview du canadien Seth).

 

Jason (Norvège)
Comment êtes vous devenu dessinateur de BD ?
J’ai commencé quand j’étais au lycée en faisant une page humoristique de temps en temps pour un magazine. Pendant un bon moment, ce n’était q’un hobby. Puis je suis allé dans une école d’art et j’ai travaillé comme illustrateur. Finalement, je ne suis dessinateur à plein temps que depuis 5 ans.
Quels dessinateurs vous ont inspiré à vos débuts ?
Tous, vraiment. Les super-héros américains, les albums franco-belges : Tintin, Gaston, Lucky Luke... Puis Moebius, Bilal, Hermann, Comès...
Quelle est la situation de la bande dessinée dans votre pays ?
Il n’y a que 4 millions d’habitants en Norvège, pas de quoi développer une industrie de la BD comme chez vous, en France. La plupart des dessinateurs ici travaillent pour des journaux. Les plus connus d’entre eux éditent parfois des livres où sont compilés leurs strips.
Une nouvelle scène est-elle en train d’émerger ?
Il y a quelques artistes underground influencés par des dessinateurs américains comme Robert Crumb, Peter Bagge ou Daniel Clowes. Il y a dix ans, une nouvelle vague de dessinateurs de presse est née. C’est alors devenu plus facile de lire un strip d’un auteur norvégien dans les journaux.
Rencontrez-vous des difficultés pour publier vos albums ?
C’est devenu plus facile ces dernières années. Il y a 25 ans, quand j’ai débuté, "dessinateur de BD" n’était pas vraiment une profession. Maintenant, les gros éditeurs ont un département BD. Il y a aussi des éditeurs indépendants comme No comprendo ou Jippi.

 

Antonio Jorge Gonçalves (Portugal)
Comment avez-vous débuté dans la bande dessinée ?
J’ai fait ma première BD quand j’avais 4 ans. Elle racontait la naissance d’un zèbre, scène que j’avais vue à la télévision. Je pense que la narration séquencée est, pour nous humains, quelque chose de naturel, d’instinctif pour raconter nos vies.
Quels dessinateurs vous ont inspiré à vos débuts ?
J’ai lu beaucoup d’auteurs brésilo-américains quand j’étais enfant. Mais aussi beaucoup de franco-belges quand j’étais adolescent. Ils m’ont appris beaucoup sur les différentes manières de raconter des histoires.
Quelle est la situation de la bande dessinée dans votre pays ?
Tout le monde sait ce qu’est une BD. Mais peu de gens savent vraiment ce qu’il y a dedans.
Une nouvelle scène est-elle en train d’émerger ?
Il y a beaucoup de jeunes illustrateurs. Certains font quelques pages de BD de temps à autre mais la plupart sont trop paresseux pour réaliser un livre entier.
La bande dessinée est-elle considérée comme un art ?
Les critiques parlent de BD comme d’un art parce qu’ils auraient eux-mêmes voulu être auteurs de BD… Les critiques d’art ont souvent besoin que quelqu’un, à New York, leur disent que tel ou tel album peut être rangé dans la section Art.
Rencontrez-vous des difficultés pour publier vos albums ?
Il y a pas mal de petits éditeurs sympas. Il est plus difficile de se faire une place au sein d’une grosse maison d’édition. Et puis, peu d'artistes prennent le risque de passer beaucoup de temps sur un travail qui, la plupart du temps, ne leur rapporte pas grand chose en droits d’auteurs.

 

Pahé (Gabon)
Comment avez-vous débuté dans la bande dessinée ?
Né il ya une trentaine de saisons sèches dans  une jolie ville du nord du Gabon, Bitam, les menteurs affirment que je serai venu au monde avec un crayon à la main. Info ou intox?
Quels sont les auteurs qui vous ont inspiré à vos débuts ?
Je balisais à mort lorsque je voyais les planches de Achka, Fargas et Levigot , de grands dessinateurs gabonais qui sévissaient dans les différents canards et magazines des années 80 aujourd’hui disparus. Si une vingtaine d'années plus tard on m'avait dit que je ferai comme eux...
Quelle est la situation de la bande dessinée dans votre pays ?
La bd gabonaise est quasi inexistante. Et dire qu'il fût un temps où il y avait des titres... Hachka a lancé un fanzine appelé "cocotiers" qui n'a fait que 10 numéros avant de mourir comme "Bd boom", fanzine parus à 8 numéros, et qui porte le même nom que l'association des dessinateur gabonais dont je faisais partie et qui aujourd’hui n'existe plus que de nom ! Levigot avait lancé "Tita Abessolo", petit octogénaire qui partait de sa brousse natale pour découvrir la ville. 2 tomes parus. Achka a crée des recueils de caricatures d'hommes politiques gabonais "Gabon d'Abord" "Kala"; Fargas, lui a sorti une Bd didactique sur le Sida " Yannick Ndombi". Le tome 2 sort en février. Lybek, dessinateur de presse a participé tout comme moi au collectif "BD Boom explose la capote" avant qu'il ne produise deux Bd pour des ONG protectrices d'espèces menacées, comme les tortues et les éléphants.
Une nouvelle scène est-elle en train d’émerger ?
Il n'y a rien à l'horizon, malheureusement. Et dire qu'une nouvelle scène est en train d'émerger serait une bonne blague, voire de l'humour noir ! Les dessinateurs que je connais bossent plutôt pour des journaux de presse écrite locale. La Bd ? Ce n'est pas trop leur tasse de thé ! Un jour peut-être ! Je me bats comme un beau diable à coups de becs et de griffes pour faire sortir la bd gabonaise de son trou et la faire connaître à travers cette chère planète bleue.
La bande dessinée est-elle considérée comme un art?
Un art, non! Mais plutôt comme une activité réservée à des paresseux qui n'ont pas réussi dans leur vie. Terrible !  Le dessinateur de Bd n'est pas du tout considéré. Faire de la Bd est un sous-métier. Pour exemple, je me souviens de cette scène cocasse d'un dessinateur (moi) qui s'était vu chasser du domicile des parents de sa copine lorsque ces derniers apprirent que le prétendant de leur fille était dessinateur. Un banquier aurait mieux fait l'affaire! Rien que d'y penser, j'en rigole encore aujourd’hui!
Rencontrez-vous des difficultés pour publier vos albums ?

Une tonne de problème. Déja, éditer un album au gabon relève de la sorcellerie. L'impression coûte les yeux de la tête. Même pour un album en noir et blanc, et que dire de la couleur ? Et je ne parle même pas des éditeurs ! Y'en a pas ! Du coup, pour éditer mon recueil de caricatures sur le président Bongo, j'ai dû sortir le pognon de ma poche (et de celle d'un pote qui aime mon boulot) et le distribuer moi-même! Je tiens d'ailleurs à remercier ici Pierre, qui a eu confiance en moi.


Park Kun Woong (Corée du Sud)
La bande dessinée en Corée :
Beaucoup d’Européens pensent que la bande dessinée coréenne peut être assimilée au manga. C’est une erreur, évidemment. Le manhwa coréen a sa propre spécificité : il est l’une des expressions de notre Histoire et de notre caractère. La bande dessinée coréenne parle de notre han : ce mot désigne notre conscience collective, teintée de tristesse et de chagrin. C’est une émotion profonde que tous les Coréens partagent. Ils naissent avec le han dans le sang. Notre bande dessinée en est le reflet.
Regard sur la bande dessinée en Europe :
Mon impression est que les lecteurs français ont sur la bande dessinée un point de vue très différent de celui des Coréens. Ici, en France, les publics me paraissent beaucoup plus diversifiés qu’en Corée, et tous semblent considérer la bande dessinée comme un art à part entière, ce qui n’est pas le cas chez nous. La pluralité des genres et des publics en bande dessinée me paraît une chose très désirable. Ma seule réserve, mais elle concerne autant l’Asie que l’Europe, c’est le regret de constater que la bande dessinée commerciale domine le paysage. Il me semble que les auteurs devraient davantage se préoccuper de leur création que de leur compte en banque.


Juan Valiente (Argentine)
Mon père était réalisateur de cinéma d’animation. J’ai, très jeune, eu le désir de raconter des histoires avec des images. Mais j’ai trouvé dans la BD la possibilité de me démarquer de l’influence de mon père. Aujourd’hui, j’ai compris que je peux faire de l’animation tout en étant une autre personne que mon père…

Une autre chose m’a attiré dans la BD. Je suis fils unique et je suis habitué à travailler seul.

Dans la BD, à la différence du cinéma ou du théâtre, c'est moi seul qui dois faire absolument tout : la scénographie, la lumière, diriger les personnages, la caméra... Le tout sans le problème de l’argent. Je peux aussi bien dessiner une histoire intimiste qu'une guerre intergalactique. Ça me coûte la même chose.

J'ai commencé à lire des BD avec "Objectif Lune". Mais l’humour français n’est pas totalement compatible avec l’humour argentin… Finalement, Tintin est une bonne introduction au mode de pensée des français.

Ensuite, j’ai lu un peu de tout, de Moebius à Manara en passant par Lucky Luke. Surtout des BD françaises.

En Argentine, la situation de la BD est très instable. Tout s’est arrêté ces dix dernières années. Les auteurs ont trouvé du boulot aux Etats-Unis, en Italie ou en France. 

Mais aujourd’hui, on peut parler d´un "revival". Le magazine « Fierro », qui était né en 1984 et avait disparu en 1992, a été réédité en Novembre 2006 avec succès. « Fierro » est un génial laboratoire de BD d’avant-garde. On y trouve des styles graphiques très variés. Le numéro 3 vient de sortir.

Beaucoup de petites maisons d’édition sont en train de naître à nouveau. Le problème, c’est qu’ici, la BD se lit comme un magazine, pas comme un livre. Elle ne bénéficie pas du même respect qu’en France. Mais le plus important, c’est que les argentins puissent à nouveau lire de la BD argentine.

Avec ce nouveau mouvement de la BD, je pense que de jeunes auteurs vont émerger. Mais pour l’instant, nous sommes très peu de dessinateurs à être édités, quelques cas bizarres.

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